L’ANGOISSE

 

          Durant cette période de confinement puis de déconfinement progressif liée au virus de la Covid-19, j’ai continué à recevoir mes patients habituels par téléconsultation et j’ai participé à un espace d’écoute téléphonique, mis en place par un groupe de psychologues, pour toute personne qui en ressentait le besoin. Je ne m’attendais pas à un si grand nombre d’appels qui se sont enchaînés au fil des jours. Ce repli sur soi contraint a fait « remonter à la surface » beaucoup d’émotions, allant du stress à de fortes angoisses caractérisées par les symptômes connus de tremblements, palpitations, sensation de gorge serrée, pâleur, tachycardie, respiration bloquée ou difficile, toux par somatisation, sensations de gêne thoracique et abdominale, insomnies, maux de tête, problèmes digestifs, nausées, sensations de vertige….

           Ces angoisses étaient pour la plupart présentes avant le confinement mais n’étaient pas perçues, parce qu’elles restaient enfouies sous l’extériorité, l’hyperactivité, les distractions : elles ont révélé leur présence à la faveur d’un arrêt forcé de toute agitation avec les derniers événements. Des symptômes existants ont été amplifiés, si ce n’est exacerbés et de nouveaux sont apparus, symptômes qui peut-être n’étaient pas perçus ?! C’est le cas de l’hypocondrie (la peur ou l’anxiété excessive pour sa santé), pouvant être déjà là avant, qui s’est accrue chez certains et développée chez d’autres, avec la répétition des instructions de gestes barrière créant une exigence nouvelle (si ce n’est parfois une obsession) de désinfecter tous les objets venant de l’extérieur, de se laver régulièrement les mains, au moindre contact, de porter des masques, bref de percevoir tout ce qui est extérieur comme dangereux pour sa santé mais également pour celle de sa vie et celle de ses proches.

         L’angoisse est une des manifestations que l’on rencontre le plus fréquemment dans le processus dépressif. Nous la retrouvons dans le ralentissement psychique (difficulté de concentration, fuite des idées, difficulté à faire des choix, sensation de vide psychique) et physique (perte de tonus, d’élan vital, perte d’envies), en plus d’une tristesse pathologique (excessive par rapport à la réalité) et de la douleur morale.

          L’objet de l’angoisse est difficile à cerner : c’est généralement un danger venant a priori de l’extérieur, de l’environnement de la personne, sans pouvoir le rattacher à une représentation précise en particulier. L’angoisse se distingue de la peur : cette dernière est une émotion analogue mais liée à un danger identifié et réel. La peur est compréhensible par un tiers tandis que l’angoisse apparaît comme illogique, irrationnelle ou disproportionnée. La personne n’arrive souvent pas à faire d’association et se trouve dans l’impossibilité de surmonter ce qui l’affecte.

         Les angoisses peuvent être flottantes lorsqu’elles occupent alternativement tous les espaces de vie ou elles peuvent se manifester sous forme de pics qui se transforment en crise. La crise d’angoisse est souvent l’arbre qui cache la forêt de troubles et désordres psychologiques plus ou moins importants. Ne pas s’arrêter à l’arbre et rentrer dans la forêt peut se révéler être une expérience constructive. Le procédé qui consiste à éteindre artificiellement l’angoisse par des solutions médicamenteuses présente l’inconvénient d’éteindre la lanterne qui éclaire le chemin.

Quelle est la différence entre stress, anxiété et angoisse ? À quoi renvoie l’angoisse ? D’où vient cette sensation de danger imminent ? Quel est le but de l’angoisse ? Quand l’angoisse devient-elle pathologique ? Comment parvient-on à dépasser une angoisse ?

La différence entre stress, anxiété, crises d’angoisse, peur et effroi 

Le stress

Tout le monde le connaît. C’est une réaction physiologique naturelle qui nous permet de mobiliser nos ressources face à une tâche à accomplir ou face à un danger à affronter. Il peut cependant devenir néfaste s’il s’installe dans la durée.

L’anxiété

Elle est apparentée à une peur diffuse, une tension qui perdure face à une situation ou à un environnement particulier. Souvent bénigne et passagère, elle peut prendre une forme pathologique : le trouble anxieux généralisé (TAG) qui se traduit par une anxiété permanente face à l’avenir, une peur systématique de l’imprévu, pouvant évoluer vers une dépression.

Le stress post traumatique

C’est une forme grave d’anxiété qui survient après un événement traumatique avec risque de mort ou de blessure. Ce stress se traduit par une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur. Les symptômes peuvent apparaître plusieurs semaines ou mois après l’événement et être accompagnés de troubles psychologiques tels que insomnie, dépression…

Les crises d’angoisse ou attaques de panique

Elles correspondent à l’apparition soudaine d’une peur intense accompagnée d’une sensation de menace grave, une sensation de mort imminente pouvant aller jusqu’à la dépersonnalisation. Ce sont de véritables malaises physiques et psychiques ponctuels et répétés, survenant bien souvent dans un environnement de pressions constantes.

        En 1920, Freud démontre la nécessité de différencier l’angoisse de la peur et de l’effroi. Selon lui, c’est leur rapport à la notion de danger qui permet de les distinguer :

« Le terme d’angoisse désigne un état caractérisé par l’attente du danger et la préparation à celui-ci, même s’il est inconnu. Le terme de peur suppose un objet défini dont on a peur ; quant au terme d’effroi, il désigne l’état qui survient quand on tombe dans une situation dangereuse sans y être préparé ; il met l’accent sur le facteur surprise. »

(Freud, S. Au-delà du principe de plaisir, p. 56).

Il ajoute qu’« il y a dans l’angoisse quelque chose qui protège contre l’effroi ».

        D’un côté, l’effroi, un état émotionnel réactionnel et subi de manière passive par le psychisme, et de l’autre, l’angoisse, induite par une activité psychique de préparation, à visée protectrice contre l’effroi, consécutif de la confrontation « par surprise » à un danger défini. Pour Freud, est traumatogène une émotion associée à une sensation de danger qui fait irruption dans le psychisme de la personne sans qu’elle y soit préparée.

 

L’angoisse a-t-elle une utilité ?

        L’angoisse serait donc une défense au service du moi. Pourtant, pour se protéger de l’inconfort de l’angoisse, le Moi de la personne peut tenter de la refouler : cette tentative vaine provoque des symptômes et l’érection de défenses. Seuls l’écoute des ressentis permet de l’identifier. Freud propose de l’appréhender en tant que sensation de déplaisir (douleur, deuil) à travers des sensations corporelles déterminées, portant notamment sur les organes de la respiration et du cœur. La présence de ces sensations prouve que l’état d’angoisse est associé à des processus d’éconduction, c’est-à-dire des tentatives de décharge de la tension qui permettraient de mettre le déplaisir à l’extérieur de soi.

         Or l’angoisse permet de déclencher un travail psychique et d’accomplir, à partir de la mobilisation des défenses, un travail de liaison et de symbolisation qui débouche sur le symptôme. Le symptôme est langage, qu’il soit psychique ou corporel, langage à partir duquel il est possible de dialoguer, comme on pourrait le faire avec un vieil ami.

À quoi renvoie l’angoisse et d’où vient cette sensation de danger ?

        Pour Freud, l’expérience originaire de la constitution du mécanisme de l’angoisse serait la naissance. Si l’angoisse est à l’origine une réaction à un état de danger, elle sera reproduite à chaque fois qu’un même état de danger se présente.

      Dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926), il considère donc que l’angoisse renvoie toujours à la crainte de la séparation et de la perte d’objet.

        L’angoisse trouverait donc ses racines dans le vécu précoce du nourrisson. Freud utilise le terme de « désaide » pour désigner l’état de détresse extrême et la position de solitude du bébé. A l’origine, une situation de non-satisfaction, d’accroissement de la tension issue d’un état de besoin avec un ressenti d’impuissance.

        Freud montre que la conduite d’éconduction se traduit jusque dans la musculature, en particulier celle du souffle et de la voix. Le travail en psycho-corporel biodynamique va viser à faire disparaître les stimuli internes.

       

A quel moment l’angoisse devient pathologique ?

        L’angoisse peut être saine (là où son absence serait inquiétante), comme un indicateur ou un signal permettant à la personne de reconnaître la présence d’un danger externe, de type environnemental (comme par exemple celui d’attraper le virus) ou interne (généré par des pensées ou des anticipations) et la nécessité de se protéger. Mais si l’angoisse est trop forte dans son intensité ou sa durée, en débordant la personne, jusqu’à entraver ses capacités de maitrise et avoir une incidence sur sa vie normale, avec des troubles somatiques et fonctionnels, alors elle devient pathologique. L’intensité de la douleur psychique ou corporelle est signe d’une pathologie.

Comment parvient-on à dépasser l’angoisse ?

        Quand nous sommes dans cet état d’angoisse, nous pouvons avoir l’impression que nos possibilités d’actions sont limitées voire impossibles à mettre en œuvre. Pourtant il nous est possible d’agir sur nous-même en élevant notre conscience.

Je propose ici 5 clefs pour élever votre conscience et dépasser vos angoisses :

1ère clef : Ne soyez pas dans le combat

« Être en guerre contre » ne résout rien. Avez-vous déjà essayé d’éteindre un incendie avec du feu ? Non, bien sûr que non. C’est plutôt avec son opposé, c’est-à-dire l’eau, que vous réussirez à éteindre ce feu. Si nous voulons lutter contre quelque chose (notre angoisse, une maladie, un système…), il ne faut pas nous mettre à le combattre car nous nous mettons à son niveau, là où il a toute sa force. Et si nous lui envoyions notre compassion et notre amour ? Ces dernières sont de réelles vibrations qui nous permettent de faire alliance, dans un combat « avec ». Le voir, y faire face, sans porter de jugement positif ou négatif, sans vouloir l’écarter ni se focaliser, dans une attention flottante, pleine de bienveillance.

2ème clef : Sortez de la peur

La peur est ce qui nous éloigne le plus de la clairvoyance, de la liberté et de l’amour. Elle se maintient quand nous l’entretenons sans nous en apercevoir. Au surplus, elle attire à nous ce que nous ne voulons pas en se nourrissant de nos pensées négatives.

Elle est liée à nos anticipations, à nos fabrications mentales sur ce qui pourrait se passer de pire : or cela n’a rien à voir avec la réalité. Cela résulte du fait que nous nous maintenons soit dans des mauvais souvenir du passé, soit dans des projections fantasmatiques négatives sur le futur et une volonté de contrôle.

Cesser immédiatement de vouloir saisir le futur ou reproduire le passé : entrer de plein pied dans le présent et les plus petits détails de la vie et de la beauté. Être totalement présent dans les actes du quotidien : la couleur et l’odeur des légumes que l’on prépare, le bonheur de marcher pieds nus dans l’herbe ou sur le carrelage, la sensation de l’eau qui coule sur la peau dans la douche, le souffle de l’air sur le visage et les parfums qui me parviennent quand je marche pour aller à mon travail, le plaisir de sourire pour saluer les gens que je croise, tous ces petits riens qui font que l’instant seul compte.

Enfin la conviction que les épreuves viennent à notre rencontre parce que nous sommes prêts à les recevoir, à les dépasser pour accéder à d’autres champs de conscience. Regardons les épreuves que nous avons déjà surmontées jusque là. Nous avons trouvé les ressources nécessaires que nous n’imaginions même pas en nous pour les surmonter. De quoi renouveler la confiance en nos capacités. Ne cultivons pas la peur !

3ème clef : Ecoutez votre cœur

Notre cœur connaît le chemin. Ce peut être une sensation, une intuition ou encore un signe que la vie met sur notre route. Une synchronicité (convergence de deux événements apparemment sans lien de causalité qui font pourtant sens) peut venir confirmer cette intuition que nous avons pris la bonne décision ou que s’il nous restait des doutes, c’est le moment d’agir dans ce sens. Nous pressentons la réponse ou l’attitude à adopter de manière instinctive avant que notre mental n’analyse la situation. Ce dernier peut apporter sa peur du changement, sa peur de sortir des habitudes et des vieux réflexes alors qu’il est question de ne pas rester dans notre zone de confort, à défaut de quoi nous ne pourrons jamais expérimenter ces nouveaux sentiments de compassion, de justesse, de fraternité, de liberté, de joie et d’amour. En choisissant l’amour, nous sommes sûrs de ne jamais nous tromper. Les autres peuvent nous donner leur avis mais le seul qui compte est le nôtre, celui qui résonne avec notre Être profond.

4ème clef : Aller à la rencontre de votre Être profond

Tous les jours, nous portons des masques, que se soit au travail, en société, avec nos amis, parfois même en famille. Nous nous laissons diriger par des principes ou des croyances tels la loi du plus fort ou encore, l’importance de l’image de la réussite sociale et financière, ou croire épargner nos proches de certaines réalités etc. Nous sommes dans le « paraître » en oubliant d’être et de suivre nos aspirations profondes. La méditation, les ballades dans la nature, les activités artistiques, la prière… sont autant d’outils pour se permettre d’aller à la rencontre de soi-même dans l’« ici et maintenant » et de voir clairement les éléments importants de sa vie, ceux qui comptent vraiment.

5ème clef : Demandez

Demander permet de prendre conscience et en exprimant nos désirs afin de leur permettre d’être entendus et de se réaliser : les taire ne leur donne aucune chance. D’autant que la force de la pensée n’est plus à démontrer. La visualisation apporte une puissance supplémentaire à la demande. Souvenez vous que vous n’êtes pas seul.